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Fiche
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Vincent Dedienne

S’il se passe quelque chose…


24/2/2017 à 20h00 - TEAT Champ Fleuri

THEATRE - HUMOUR
 


Présentation

S’il fallait ne trouver qu’une qualité pour distinguer Vincent Dedienne dans la foule des humoristes-chroniqueurs vus à la télé, ce pourrait être la langue. Il peut comme ses confrères l’avoir fourchue et fleurie, mais avec une finesse sophistiquée jusque dans le phrasé qui donne à ses interventions un délicieux supplément d’élégance.
Complice de Yann Barthès dans Quotidien, il est accompagné à la scène et à l’écriture par un poids lourd d’un autre genre : le génial François (Professeur) Rollin. S’il se passe quelque chose… est une autobiographie où la dérision, l’absurde et l’érudition s’embrassent. Dans ce premier spectacle, entre one man show et pièce de théâtre, Vincent Dedienne creuse un sillon qui n’appartient qu’à lui, celui d’un humour grand public dénué de méchanceté et riche d’une passion cultivée pour le théâtre, le cinéma et la littérature. C’est un peu comme voir Marguerite Duras et Muriel Robin se tenir la main. La classe.

Vincent Dedienne, à l’inverse des stand-uppers vifs et vanneurs, propose un spectacle chic et plus doux

Vincent Dedienne, lé pa konm so bann kasèr ti boi eksité, sinonsa moukatèr. Alu, lu kado a nou in spektak na la klass, in spektak plin la tandrès

GQ

Distribution

Un seul en scène écrit par Vincent Dedienne, Juliette Chaigneau, Mélanie Le Moine et François Rollin
Mis en scène Juliette Chaigneau, François Rollin
Lumières Anne Coudret
Décors Lucie Joliot

Durée : 1h30
A voir dès 14 ans


Vincent Dedienne
“Je n’ai pas tous les codes de la pop culture”


Alors qu’un livre rassemble ses chroniques au Supplément de Canal+ et que son spectacle cartonne, le comédien, désormais à Quotidien aux côtés de Yann Barthès, prouve qu’on peut faire rire en finesse à la télé.

« J’ai un fond de mélancolie extrême. » Quand il balance ça en interview, Vincent Dedienne ponctue la phrase d’un rire espiègle, comme s’il n’avait rien dit… Mais ça lui ressemble. Il fait pareil à la télé, pareil à la radio, pareil sur scène. Depuis deux ans, entouré de ses coauteures, il se fait remarquer quoi qu’il fasse : du Supplément de Canal+ à la matinale de France Inter en passant par son premier spectacle et Quotidien, la nouvelle émission de Yann Barthès, ce garçon de 29 ans a imposé un style tout en finesse, à mi-chemin entre l’écriture théâtrale et la pure chronique médiatique. Un exercice auquel il ne se destinait pas, nous confie-t-il dans un salon de l’hôtel Grand Amour, rue de la Fidélité, à Paris, et sur lequel il n’a pas l’intention de s’éterniser. « Je crois qu’on peut louer des chambres pour quelques heures, ici. Rue de la Fidélité, c’est drôle ! »
Aujourd’hui, Vincent Dedienne s’est laissé convaincre d’éditer ses deux saisons de Bios interdites au Supplément où, chaque semaine, il dressait le portrait des invités à sa façon. Soit un mélange de fulgurances langagières, de tacles discrets et de digressions absurdes, le tout désormais adapté à l’écrit et enrichi de quelques anecdotes. En parallèle, son spectacle, S’il se passe quelque chose…, est en tournée dans toute la France, tandis qu’il doit rentrer à Paris deux fois par semaine pour Quotidien, dont les audiences ne lui autoriseront bientôt plus la discrétion. « C’est un cercle vicieux, dit-il, je ne veux pas être catalogué ‘’chroniqueur’’ ou ‘’rigolo de service’’, mais la télé permet aux gens de s’intéresser à mon spectacle… » Car les médias, pour lui, c’est en option.

Mâcon, février 1987. Vincent Dedienne naît de parents inconnus et grandit à quelques kilomètres de là, au milieu des vignes. « Une enfance heureuse », résume l’intéressé, bientôt inscrit au lycée à Chalon-sur-Saône, où une option théâtre est proposée. Le théâtre, il aime ça « à cause de la couleur rouge et du velours », qui donnent l’impression d’être dans « l’endroit le plus confortable et protecteur du monde ». Après ça, Vincent s’inscrit à la fac à Lyon, mais abandonne pour intégrer l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne, où il étudiera pendant trois ans. Tommy Luminet, son meilleur ami, également comédien, l’a rencontré à cette époque. « C’était le même qu’aujourd’hui, s’amuse-t-il par téléphone, mais avec une coupe à la Jackson Five et plus de boutons sur la gueule ! » Myriam Djemour, sa prof de voix à Saint-Etienne, se souvient quant à elle d’un élève « sachant déjà ce qu’il voulait faire en arrivant, alors que les écoles de théâtre ne préparent pas vraiment au seul en scène ou à l’autoportrait ». Il fait ainsi « sa cueillette dans l’enseignement » classique tout en nourrissant une passion pour Muriel Robin, Pierre Palmade, Sylvie Joly ou encore François Rollin. C’est d’ailleurs ce dernier que Vincent Dedienne rencontre par hasard sur un quai de gare, qui parlera de lui à Laurent Ruquier, aujourd’hui producteur de S’il se passe quelque chose… Après l’école et quelques années de théâtre subventionné, Vincent Dedienne se lance en effet dans l’écriture d’un spectacle avec Juliette Chaigneau, Mélanie Le Moine et… Rollin lui-même. Le glissement vers la télé se fera en 2014 via Christelle Graillot, chercheuse de talents pour Canal+ venue assister, un soir, à une représentation de S’il se passe quelque chose…
« La spécificité du spectacle, c’est qu’on ne l’a pas écrit comme un one-man show, raconte Juliette Chaigneau. C’est l’histoire d’un mec qui a une formation de théâtre classique et un rapport fort à la langue, mais dont le rêve caché est de faire du stand-up… Et il le fait, mais d’une façon poétique.
» Un peu « à l’américaine », donc, tendance post-Louis C. K., quoique Vincent Dedienne et sa team ne se disent pas spécialement marqués par ce genre d’influences. « Je crois qu’on est un peu des ‘‘jeunes vieux’’, rigole Anaïs Harté, qui a rejoint Vincent, Mélanie et Juliette au moment de l’arrivée à Canal+. Ce qu’on aime, ce ne sont pas forcément les trucs de maintenant, mais par exemple les vieux acteurs, ce genre d’anachronismes. » Vincent Dedienne le reconnaît lui-même volontiers : « Je n’ai pas tous les codes de la pop culture. Je me sens souvent à côté de la plaque par rapport à l’actu ! Ce qui me conforte dans une sorte de mélancolie. »

Maxime de Abreu